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Kaeri

Il était tôt dans l’après-midi et le soleil réchauffait le sol, mal grès que l’hiver ai étendu son manteau sur la plaine. Il y avait des bruits étrange, mélange de rire, de cris de gaieté, de ronflement, de souffle rauque et de sabots qui claquent contre le sol. C’était un vacarme assourdissant, plus sonore que le bruit provoquer par les jeux de poulains. Soudain, il y eut un nouveau claquement sec, une mâchoire qui claque dans le vent, puis un bruit de fouet. Ces sons étaient violents, sans l’être. Etrange mélange. Puis un rire, plus fort que les autres, plus aigus aussi et un énorme bruit sourd qui vint rompre tout autre son.

 » Alors ?! T’abandonne vieille carne !  » hurla une voix cristalline, plus aigus qu’un torrent, plus doux qu’un ruisseaux avant d’exploser de rire comme une rivière grondante. Il y eut de nouveau un bruit mat, suivis de rire encore plus puissant de la même personne. Puis un autre rire, plus ténu, masculin, pénétrant, chaud et doux vint se mêler à ce son. Les bruits cessèrent, seuls leurs rires raisonnaient tel un appel au bonheur dans la plaine. Ils étaient de retour, tous les deux, toujours ensemble. Qui ça ? Vous les connaissez pourtant, souvenez-vous : une petite jument pie palomino aux doux yeux noisette, qui est toujours pleine de vie et son frère, un grand étalon maigre, perché sur ses longues jambes, couleur neige qui ne parle presque jamais. Si, Kisa et Harmakhis, eux-même, de nouveau ici, sur ce territoire où ils se sont retrouvés. Suite à une petite altercation entre la jument pie et un autre étalon, ils avaient fuit ensemble, pour finalement revenir sur ce territoire qui signifiait le bonheur à leurs yeux.

Immobile, prêt à bondir, le grand blanc souriait doucement, ayant arrêté de rire. De son sourire dont il avait le secret, caché, mais signe de bonheur intense pour lui. Ses beaux yeux noirs brillaient doucement sur sa petite soeur qui se rapprocha doucement, levant haut les genoux pour venir lui appliquer une lèche fraternelle sur la joue. Il cabra, la regardant faire un brusque écart, partant au galop autour de lui en riant. Il retomba souplement et secoua l’encolure avec brusquerie avant de fondre sur la jument. Elle hurla son nom avec sa voix perçante et juvénile, détalant alors qu’il lui fonçait dessus, riant aux éclats. Depuis qu’ils étaient de nouveau ensemble, Kisa avait détint sur son frère. Tous les deux jouaient aussi facilement que lorsqu’ils étaient poulains. Oreilles en avant, il lui courait après, détendant ses grandes jambes devant lui. La cavale fit un brusque demi-tour en riant, fonçant sur lui. L’étalon neige pila brusquement avant de partir avec un écart, lâchant un coup de cul en s’ébrouant. Faisant un dérapage, la bicolore revint à la charge sur lui.

Ils jouèrent un bout de temps, à se courir ainsi l’un après l’autre, renversant la partie à tout moment. Puis Kisa, la moins endurante des deux, soufflants fortement et sifflant repassa au pas. Son frère trottina fièrement vers elle et plongea son nez dans la crinière blonde de sa soeur, s’arrêtant face à elle. A son tour, la jument s’arrêta, se frottant contre son frère. Dans un même geste, ils reculèrent pour se mettre face à face, tous les deux fatigués de leur jeux de poulain. Ils n’avaient plus l’âge de jouer ainsi, mais ils en avaient le coeur. Enfin, surtout notre immature de jument. Jamais elle n’était mâture, même lorsqu’elle aurait dû l’être. Ce qui n’était pas le cas du grand blanc, qui l’était toujours beaucoup trop. Personne n’aurait pu croire qu’ils étaient frère et soeur. Ils ne se ressemblaient absolument pas, ils étaient des opposés : lui monochrome, elle bicolore, lui aux yeux noirs, elle aux yeux marrons, elle toujours pleine d’énergie et rieuse, lui toujours morne et fermé, elle social, lui asocial, elle bavarde, lui pas du tout. Ils n’allaient pas du tout ensemble, même pour des frères et soeurs.

Lentement, Harmakhis avança, obligeant sa soeur à faire volte face. Epaules contre épaules, ils marchèrent, à une allure plus que lente, un pas digne du blanc. Lui, plus grand que la jument, marchant d’un pas nonchalant, mais fière dont il avait le secret, de ses foulées souples. Kisa, elle au lieu de regarder droit devant elle comme son frère, observait autour d’elle, les oreilles sur le côtés, pavanant presque auprès de son grand-frère. Son bonheur était immense, en cette journée d’hiver. Son coeur était près d’imploser de joie, ce qui n’était pas nouveau. Elle observa son frère, il la regardait en coin. Il avait beau montrait à tous qu’il se fichait de tout, elle savait que non. Depuis qu’ils s’étaient retrouvés il avait même changé. Ô, pas de beaucoup. Mais juste assez pour qu’elle se sente plus proche de lui que jamais. Il ne s’était pas ouvert aux autres, sinon cela aurait été trop beau, il n’était pas plus démonstratif, ni plus bavard. Non, le changement était imperceptible … Sauf pour elle. Son coeur de pierre s’était doucement mue en un coeur de glace, qui ne demandait qu’à être réchauffer par elle … Ou une autre jument. Mais qui aurait été assez folle pour tomber amoureuse de cette énergumène ? Kisa ricana à cette pensée, à l’idée qu’une jument puisse aimer son idiot de frère.

Pourtant, le grand étalon blanc était beau. Plus blanc que neige, très intelligent, mais trop sérieux, trop réfléchis. C’est pour son côté renfermer, solitaire qu’il n’arrivait pas à se lier avec d’autre chevaux. Il s’était pourtant fait un ami, autrefois, lors de son arrivé sur ce territoire : Amiral. Mais il l’avait perdu de vu, trop vite, trop rapidement. Son souvenir était encore ardent en lui. Kisa se mit soudainement à partir au petit trot, inspirant l’air profondément. Etait-ce l’odeur de l’herbe qui montait à ses naseaux ? Doucement, elle s’arrêta, inspirant les effluves d’odeurs qui montaient du sol. Le bout du nez au sol, tournant quelque peu sur elle-même, elle inspira le sol. Harmakhis la regarda faire sans s’y attarder, continuant sa marche lente et majestueuse.

Ronfflant, la pie palomino plia les genoux, puis les coudes avant de se laisser tomber dans l’herbe verdâtre dans un bruit sourd. Tournant les oreilles vers l’arrière, son grand-frère l’écouta se roulait avec joie, ronflant de joie tendit que ses membres fouettait l’air. Sur le dos, elle riait aux éclats. Tournant sa tête vers sa soeur, il compris qu’elle était coincée l et s’approcha d’elle lentement. D’un coup de museau il l’aida à retomber et recula de deux pas pour l’observer se relever et s’ébrouait. Elle soupira d’aise et refila au trot devant lui. Le blanc soupira et suivit sa soeur, prenant un trot souple, rythmé et flottant, bien que qu’une lenteur incroyable, alors que le trot de sa soeur, qui était le même, respirait la gaité par ces mouvements souples et vifs, remontant les genoux et paradant. Tous les deux trottaient fièrement, leurs queues panachés et les oreilles tendu vers l’avant, vers l’infini de la vie.


Kisa, d’humeur joueuse, bouscula d’un coup d’épaule son frère. Ce dernier n’en fit pas grand cas et ne semblait même pas s’en apercevoir. En fait, il y avait autre chose qui le pré-occuper. Quoi ? Une odeur forte dans la plaine, une odeur équine qu’il avait déjà senti quelque part. Ses muscles se contractèrent, roulant sous sa peau immaculé, ses yeux noirs devinrent terne et ses oreilles tournaient en tout sens. C’est en ça qu’il avait changé, avant, même en découvrant l’odeur il n’aurait pas bougé d’un poil. Mais peut-être était-ce parce que cette odeur lui rappeler les pleurs de sa soeur, de sa protégée. L’asociale inspira de l’air dans ses poumons. Non, il n’y avait aucun doute là-dessous, il savait pertinemment à qui appartement l’odeur. Kisa ne vit même pas le brusque changement de comportement chez Harmakhis, trop occupé qu’elle était à observer partout autour d’elle. Le territoire sous la neige était si magnifique ! Il scintillait doucement, des cristaux de glace volant derrière eux, aux rythmes de leurs foulées. Elle allongea le trot, courbant doucement l’encolure, prenant des airs d’arabe. Elle avait beau être une demi-sang arabe, elle n’avait rien d’une arabe, sinon la petite taille qui caractérise les cavales. Sous sa fine peau blanche et or, ses muscles roulaient doucement, faisant ressortir ses muscles doux. Kisa n’était pas bien musclé en fait, mais elle avait ce qu’il faut et c’était bien là le principal.

Ses fins crins crème s’envolait dans le vent, créant des vagues, des rouleaux, des courants sur son encolure et dans les airs. Lente valse offerte aux yeux de l’étalon blanc. Ceux de l’étalon aussi dansaient, mais sur lui, cela ne faisait pas le même effet de légèreté et de finesse, c’était un courant plus houleux qui secouait ses crins blancs. Soudain, la jument pie s’agita à son tour, observant son frère blanc. Kisa venait de sentir. Son coeur fit un bond et elle ralentit pour se retrouver près de son frère, l’interrogeant du regard. Décidé, il ne bougeait pas son regard de devant lui, tournant les oreilles, tel des radars près à détecter le cheval d’où venait l’odeur. Tous les deux avaient reconnu, Black … L’étalon noir était là, dans la plaine. Les voyait-il déjà ? Où pouvait-il être.

A côté de son grand-frère, la jeune jument roulaient des yeux partout, tournant la tête, à sa recherche. Elle se demandait bien où il était. Elle tremblait. Comment allait-il être cette fois-ci ? Retrouverai-t-elle l’étalon de ces premiers jours ici ? Ou serait-il froid, blessant et distant comme lors de leur dernière rencontre ? Une boule se forma dans sa gorge à se souvenir. Il lui avait craché à la figure la pire journée de sa vie, lorsqu’elle avait perdue son … poulain. Son estomac se serra. Son poulain était mort … A cause d’elle … Harmakhis, en la voyant des larmes aux yeux, prêtent à tomber, s’approcha d’elle. Non, il ne voulait plus la voir triste, ni pleurer. Maintenant, ils étaient réunis. Personne ne savait pour combien de temps, mais pendant ce laps de temps, il ne voulait absolument pas qu’elle soit attristée par quoi que ce soit. Intérieurement, dans la tête du blanc, c’était la tempête. Une haine mesurée envoyée à l’encontre de l’étalon noir. Il lui en voulait plus que tout d’avoir fait pleurer ainsi sa petite soeur lors de leur seul et unique rencontre. Il aurait voulu qu’il n’y ait pas de rencontre nouvelle. Mais voilà qu’ils étaient tous les trois sur le même lieu.

L’étalon gonfla ses poumons d’airs et lâcha un ronflement sonore, fort et rauque. Rien de bien rassurant me direz-vous et pourtant, ce gros ronflement était là pour signifier à sa soeur que quoi qu’il arrive, il était là, pour elle, rien que pour elle. Rassuré à la pensée qu’elle n’était plus seule, qu’elle l’avait avec elle désormais, elle sembla se calmer quelque peu. Restant à côté de son frère, elle repassa brutalement au pas avec deux foulées de retard sur son frère qui l’avait déjà fait. Que se passait-il ? Ses pensées s’agitèrent dans sa petite caboche, tendis qu’elle recula de quelques pas pour se retrouver contre l’épaule de son frère ainé. Celui-ci c’était redressé, gonflant le poitrail, le regard fixant un point, les crins au vent. Il était beau, ainsi dans cette position, fière statue de marbre trop blanc, recouvert de neige et les yeux noirs. Il reporta son poids quelque peu sur l’arrière main, décollant son avant-main de quelque millimètre au-dessus du sol avant de retomber en douceur. Il n’y avait rien de trop menaçant dans son attitude, juste une mise en garde envers l’étalon noir.

Curieuse, Kisa tourna le regard dans la même direction que Harmakhis. Elle eut un grand sursaut en apercevant Black et en entendant sa voix qui les interpellait, elle et son frère. Elle piaffa gaiment. Il n’avait aucunement l’air menaçant ! Elle était contente et galopa à sa rencontre. Voyant la pie galopait vers le noir, le cheval de neige fit de même. Restant sur ces talons. L’étalon d’en face n’avait pas intérêt à être comme la dernière fois, où il tâterait de ses dents trop blanches et de ses sabots, foi d’Harmakhis. Arrivé près de l’étalon, le frère et la soeur ralentirent, passant au trot, puis au pas pour s’arrêter finalement.

 » Coucou Black !  » lança gaiment la jument, alors que le blanc salua d’un bref signe de tête, peu enclin à parler, comme à son habitude. Muscles tendu, il attendait la suite, voir s’il cherchait à partir avec sa soeur ou s’il restait simplement.

 » Tu vas bien ?  » continua la petite jument en souriant de toutes ses dents, son frère sur les talons.


Harmakhis observait d’un œil morne l’étalon noir. Il voulait l’avoir bien à l’œil, pour l’empêcher de pouvoir refaire du mal à sa sœur. Pour qui il s’était prit la dernière fois pour lui faire mal ainsi ? Il rumina ses sombres pensée au sujet de l’étalon. Non, il ne l’aimait pas. On peut même dire qu’il avait contre lui de la rancœur. Il releva la tête, son toupet neigeux sur ses yeux ténèbres. Il ne comprenait pas sa sœur. Kisa semblait joyeuse comme une pouliche de le revoir. Ce n’était pas elle pourtant qui avait pleuré à cause de lui ? Il l’avait fait souffrir et pourtant elle était là, face à lui, un immense sourire aux lèvres, les yeux pétillants et le corps frémissant de bonheur. Pourtant, Black n’avait rien de menaçant cette fois-ci. L’étalon blanc le fixa. Non, il semblait être différent. Il ne foudroyait pas la petite pie du regard, ne semblait pas prêt à attaquer et semblait même content de la voir. Il avait donc changé du tout au tout. Et devant lui, Kisa secouait sa queue gaiment, des fourmillements électriques au bout des membres. C’était un pétillement dans ses membres dû à la joie de le revoir. Elle avait une grande envie de cavaler avec lui. Son frère se dit alors qu’elle lui avait pardonné facilement leur dernière rencontre. Trop facilement à son gout.

Mais c’était son ami et on pardonne toujours à ses amis. C’est en tout quoi ce avec quoi Kisa le bassiner sans arrêt. Pour lui, pour pardonner il faut que l’ami en question s’en montre digne. Mais Kisa, sans rien attendre de Black lui avait pardonné. Était-ce la première fois qu’elle avait quelque chose à lui pardonner ou était-ce qu’elle était trop immature pour faire la tête aux gens ? C’est vrai qu’ils avaient eu une relation. Enfin, relation … Elle l’avait aimé. Lui, il n’en savait rien et il s’en fichait pas mal. Qu’est-ce que ça lui aurait apporté de connaitre quoi que ce soit sur cet étalon qu’il n’estimait pas ? A rien, en effet, voilà pourquoi le frère et la sœur ne parlait jamais de l’étalon et ils ne s’en portaient pas plus mal. L’arabe ténébreux avait les yeux pétillants, peut-être à leurs vu, peut-être qu’il était simplement heureux … Ils étaient beaucoup trop proches au gout de Harmakhis, qui aurait bien reculé de plusieurs mètres, histoire de mettre de la distance entre eux, mais s’il l’avait fait, sa sœur n’aurait pas suivi le mouvement et il l’aurait encore moins supporté. Alors, il restait là, regardant au travers du noir, comme s’il n’existait pas. Car c’était ça, il n’existait pas à ses yeux. Il était juste une menace qu’il ne pouvait pas éliminer.

La petite pie palomino tressaillit rapidement à l’écoute de la longue tirade de Black. Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas entendu sa voix ! Elle eut un sursaut lorsqu’il lui dit qu’il lui pardonnait ! Il ne pouvait pas lui faire plus plaisir ! Son cœur s’affola comme un colibri en cage, heureux de cette phrase qu’elle voulait tant entendre. Kisa avait prié longuement les étoiles de lui faire comprendre, qu’il ait un jour la force ou l’envie de lui pardonner. C’est vrai qu’elle n’aurait jamais dû. Mais c’était les chaleurs et elle voulait un poulain. Une envie primaire qu’elle avait voulu assouvir plus que tout. Sparky, le père du poulain … Elle n’avait aucun sentiment pour lui, à peine une pointe d’amitié. Il n’était qu’un pion dans sa vie, à son grand regret elle devait l’admettre. Il lui avait donné une chose qu’elle avait ardemment voulu, même. Pour son grand malheur, elle n’avait pu donner la vie à la plus belle chose qui fut à ses yeux. Elle se souvenait du jour de la naissance de son poulain comme si c’était hier. L’image de ce moment se glisser en opacité réduite dans son regard lorsqu’elle avait le malheur ne serait-ce que d’y songer simplement.

Son mouvement fut à peine imperceptible lorsqu’elle secoua la tête doucement pour se remettre les idées en place. Il avait encore faillit la faire pleurer au souvenir de ce jour funeste. Le blanc derrière elle avait fait un pas pour se mettre au niveau de sa croupe et l’observer. L’autre était ravi de les voir ? Étrange, pas lui. Harmakhis lui était gré d’avoir pardonné Kisa et de ne pas lui faire de remontrance. Il pencha la tête vers le sol, enfin salut respectueux. Maintenant que les choses étaient à plat et faisait partie du passé, il pouvait ne plus craindre de lui qu’il fasse du mal à Kisa. Pour autant, le blanc ne parla pas. Pas l’envie. Il ne voyait pas l’intérêt de parler à cet étalon qu’il ne connaissait qu’à travers la jument pie. Harmakhis était toutefois plus détendu, comme s’il était certain que rien ne se préparerait. Ce qui n’était pas totalement le cas, son regard noir rester sur les deux équidés, prêt à bouger s’il le fallait.

 » Oui ! Je vais bien ! Merci beaucoup de m’avoir pardonné ! Nous, rien de beau ! On est super content de s’être retrouvé, mais rien de spécial. Ha peut-être que si ! L’autre jour on a croisé un cerf ! Pas bavard, mais super gentil !  » commença-t-elle de sa voix cristalline, partant dans un monologue assez longue sur la description précise du cerf dans la forêt, puis sur une explication sur la vie des cervidés. Qui aurait voulu savoir ? Mais quand Kisa partait, presque impossible de l’arrêter. Harmakhis, habitué, se contenta de baisser la tête, d’avancer son antérieur gauche et de se gratter le chanfrein contre son antérieur. Il écoutait quand même sa sœur, politesse oblige, mais d’une oreille plus que discrète. La jument arrêta alors sa tirade et regarda du coin de l’oeil son frère.

 » Ho ! Pardon, je dois t’ennuyer Black-sama ! Et toi ? Tu racontes quoi de beau ?  » finit-elle, excluant son frère de la phrase et reprenant le petit surnom affectueux qu’elle donnait à Black, son ami quand ils étaient encore de vrais amis, avant qu’il ne découvre son histoire avec l’étalon gris, Sparcky. Ce dernier, pas outré pour trois cens, six sous. Observa derrière le noir, peu conscient que sa soeur trépignait presque sur place de joie. Son seul signe visible de gaieté était sa queue crème qui fouettait gaiment l’air. Harmakhis observait l’horizon, à la recherche de son ami. Oui, il cherchait Amiral, ce grand étalon couleur d’un marronnier d’Inde avec la crinière rousse, crémeuse aux pointes. Au grand regret du blanc, Black ne semblait pas être venu avec son frère. Où était-il ? Est-ce qu’il allait bien ? se demanda Harmakhis, complètement déconnecté de la conversation qu’avait Kisa et l’étalon noir. Kisa ne remarquait même pas l’agitement imperceptible de son frère, trop occupé qu’elle était à manger des yeux son bel étalon noir. Est-ce qu’elle en pinçait encore pour lui ? Harmakhis ne l’avait jamais su, il n’avait jamais réussi à deviner et sa sœur cachait bien son secret, pour une fois. Mais à la voir comme ça, il était certain d’au moins une chose : elle l’appréciait beaucoup. De plus, elle l’avait appelé sama, ce qui n’était pas du tout anodin. C’était rare qu’elle donne un surnom si haut à un cheval. Il songea qu’il manquerait plus qu’elle l’appelle ue ou dono … Lui, c’était juste oniichan, grand-frère quoi. Rien de bien honorifique comme sama.


Harmakhis reporta son regard sur l’étalon noir. Sa soeur avait posé une question anodine et tout de suite, l’humeur bon enfant s’était évaporé pour laisser place à une ambiance morne et triste d’automne. Pas tellement de saison, mais se fut la comparaison que l’esprit du blanc fit. Le noir s’était statufié, pris de surprise et ses yeux reflétaient une surprise. Kisa, elle, tourna simplement une oreille sur le côté, attendant la suite. Elle eut un pincement au coeur en songeant que cela concernait peut-être Ziyadah. C’était un cheval si gentil ! Elle ne voulait pas qu’il lui soit arrivé quoi que ce soit ! Ni a Amiral, c’était le seul ami de son frère, ça le rendrait triste si à lui il lui arrivait malheur ! Quoi que se fut, la jument s’inquiétait, elle ne voulait pas qu’un malheur soit tombé sur Black. La vie était déjà trop courte, alors en plus avoir des regrets ou de la tristesse, c’était la dernière chose qu’on pouvait souhaiter à qui que ce soit. Puis l’étalon noir expliqua, baissant la tête.

Harmakhis eut comme un poignard dans le coeur qui se serra, il n’en laissait rien paraître, bien sûr. Mais il avait mal. Son ami … Amiral … Essayé de prendre le troupeau de son propre père ? Non, c’était impossible et lui avoir menti au sujet de sa famille … Il fit demi-tour, prêt à partir, voulant ronger ses pensées seules. Non … Son ami n’avait pas pu être comme ça. Il lui semblait si gentil, si vrai, tellement compréhensif. Il ne pouvait pas être comme le dépeignait son … Non, ils n’étaient même pas frère. Ni ami donc s’il était méchant. Il fallait être idiot ou soi-même méchant pour être ami avec un cheval cruel et dangereux. Il fit demi-tour, indécis, retournant vers sa soeur. Tout le monde pouvait le voir, cette nouvelle l’atteignait beaucoup plus qu’il ne le montrait. Il était secoué. C’était impossible et il ne pouvait y croire. Ce détour avait fait qu’il n’avait pas entendu la dernière phrase du noir. Kisa, elle avait bien entendu et tout en surveillant du coin de l’oeil son fantôme de frère, elle trépigna, levant un antérieur avant d’en frapper le sol.

 » T’es papa ça veut dire ? J’adore son nom ! Tu me la présenteras hein ? J’veux être sa tata ! Pas moyen de négocier !  » s’exclama-t-elle, forçant un peu dans la joie qu’elle y mettait, ignorant le malheur de son ami. Oui, elle était très contente pour Black et elle voulait rencontrer sa pouliche. Mais d’un autre côté, il avait réussi là où elle avait échoué et cela l’attristait quelque peu. Pourquoi lui avait-il eut droit d’avoir une pouliche et pas elle ? Après tout, lui c’était par amour avec sa jument, pas comme elle. C’était peut-être ça, au fond, sa punition. Si elle l’avait fait avec un étalon qu’elle avait aimé, peut-être aurait-elle réussit à lui donner le jour. Elle secoua la tête, souriant doucement avant de reprendre un grand sourire à l’intention de son ami. Elle ne voulait pas parler du malheur qui l’avait secoué. Pourquoi aurait-elle parler de ça ? La pie ne savait rien de ce qui c’était passé en détail et elle ne comptait pas enfoncer le couteau dans la plaie et remué l’arme blanche, elle n’avait même en idée de demander de parler de ça.

A ses côtés, l’étalon blanc était immobile, fixant ses sabots. Harmakhis ne cherchait pas à se cacher, plutôt à faire le point. Ainsi, son seul ami n’était qu’un menteur et dangereux cheval. Il eut un nouveau pincement. Pour une fois qu’il avait un ami, il avait fallu qu’il se joue de lui. Jamais il n’aurait dû lui accorder une once de sympathie ou de confiance. Kisa observa son frère, il était soucieux et malheureux, ça se voyait comme une liste au milieu du chanfrein, pas besoin d’être sa soeur pour sentir le nuage de tristesse et de regret qui l’envahissait. Pourtant, si elle avait réussi à le sentir, c’était invisible. Tout ce qu’on pouvait voir, c’était un cheval blanc, hiératique, prostrée et regardant ses sabots, rien de bien concluant pour mener à la conclusion qu’il était attristé par la nouvelle. Il était secoué de la nouvelle, mais ça, personne ne le voyait, pas même Kisa qui pourtant commencer à le connaitre sur le bout des sabots.

Cette dernière, sans pour autant quitter du regard son frère, regarda Black. Il n’avait pas changé. Et elle ? Est-ce qu’elle avait changé ? Non, elle n’avait aucunement l’impression d’avoir changé un tant soit peu. Mais après-tout, qu’en savait-elle ? Rien, en fait. Elle secoua l’encolure et piaffa de nouveau. Kisa avait envie de bouger un peu, pas de rester immobile. Pour ça, elle n’avait en rien changé : toujours pleine d’énergie à revendre. Elle avait beau avoir fait la folle toute la mâtiné, il fallait qu’elle continue. Surtout que dans ses souvenirs, Black-sama était un grand galopeur … Elle envoya un petit coup de cul joyeusement, dépliant les postérieurs au possible. Son frère secoua de droite à gauche la tête en observant sa soeur. Elle n’était pas possible, toujours à avoir des réactions de pouliche. Jamais elle n’avait quitté ce caractère. Une enfant dans le corps d’une adulte. Il eut un léger sourire, à peine visible. Quand il l’avait quitté, Harmakhis avait espéré qu’elle grandirait, mais non. Jamais Kisa n’avait eu l’idée de grandir enfin. D’ailleurs, c’était peut-être mieux qu’elle reste comme ça, juvénile, puéril et gamine. C’était mieux pour le moral qu’un grand étalon qui ne parle jamais et qui n’aime pas trop la compagnie, comme Harmakhis par exemple.

D’ailleurs, le blanc s’était mis à gratter la neige du sabot, cherchant sous la couche blanche de quoi brouter. Par moment, il arrachait une minuscule touffe d’herbe. Non pas qu’il ait faim, sinon il aurait bougé vers un autre endroit moins recouvert de neige, mais il n’avait que ça à faire. Enfin, il ne voulait pas déranger Kisa et Black dans leur conversation et avait besoin de s’occuper pour oublier. Oublié Amiral. Car il savait que s’il continuait à penser à lui il poserait fatalement des questions aux noirs pour avoir des nouvelles et il se doutait que ce n’était pas trop le moment de poser ce genre de question alors que l’étalon semblait ne pas se remettre totalement de cette trahison. Qui aurait pu se remettre d’apprendre que celui qu’on considérait comme son frère n’était qu’un étalon vil et dangereux ? Et même pas son frère de surcroit. Pas grand-monde, en fait. Le blanc regarda tranquillement sa soeur. Elle balançait toujours sa queue couleur crème dans l’air, respirant la joie de vivre comme à son habitude. Il soupira, avant de fouiller la neige de son bout du nez. Il n’avait rien en fait, mais ça l’occupait de gratter la couche de poudreuse à la recherche d’herbe.

 » On va rester planter là ou pas ?  » demanda soudainement la pie palomino, n’ayant pas grande envie de rester planter là à parler de pluie et du beau temps.


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